Entre montagnes et plaines, les paysages varient et se colorent de teintes automnales. Mais le Grand Tour ne réserve pas toujours des chemins immaculés. La région se teinte aussi d’une atmosphère plus sombre, et les mythes et légendes ressurgissent dès que la nuit tombe.
Afin de donner à votre séjour sur le Grand Tour une ambiance plus mystérieuse, osez faire quelques escales dans des lieux qui vous donneront sûrement la chair de poule. Amateurs de frissons, foncez ! Ces légendes vous feront patienter jusqu’à Halloween. Pour les plus craintifs, rassurez-vous, il y a (presque) toujours une explication rationnelle à ces histoires… Mais nous ne vous les dévoilerons pas ! Voici donc 5 lieux hantés qui sauront pimenter votre trajet.
Sur l’étape de Lyon à Bourg-en-Bresse– Lyon : la légende du Mâchecroute
Soyez prudent lorsque vous flânez près des berges du Rhône, surtout lorsque les jours commencent à raccourcir, car une crue soudaine pourrait peut-être vous emporter… Si le Rhône n’a pas un tempérament tumultueux, il est arrivé qu’en 1840 ou en 1856, des crues diluviennes envahissent la ville.

Une météo défavorable ? Peut-être, mais une légende règne sur Lyon selon laquelle une créature aquatique, ressemblant à un dragon, habiterait sous le pont de la Guillotière, et serait capable de déclencher la colère du fleuve en un instant. Aucun écrit ne relate de son existence, car ceux qui ont essayé de décrire la créature ont dû se pencher d’un peu trop près des berges… La seule description qui nous est parvenue date de 1552, et nous la devons à François Rabelais. Dans Le Quart Livre, cette créature a « les yeux plus gros que le ventre, la tête plus grosse que tout le reste du corps, avec d’amples et larges et effrayantes mâchoires bien dentelées, tant au-dessus, comme en dessous ».
De nos jours, le Mâchecroute semble avoir apaisé ses colères, mais lors du carnaval de Lyon sa grosse tête est toujours présente, et les habitants se font une joie de la jeter dans le Rhône comme s’il était vaincu. Mais prenez garde, bien que sa vengeance ait été douce ces dernières années, une légende est éternelle. Alors si vous flânez sur les quais lors de votre escale à Lyon, attention à la montée de l’eau…
Sur l’étape d’Annecy à Evian-les-Bains : le fantôme de Sissi au lac Léman
De nombreuses légendes cohabitent autour du site incontournable du lac Léman. Né lors d’une période glacière, un folklore lugubre semble s’être cristallisé autour du lieu : « On dit ainsi du Léman qu’il est constitué des larmes d’un ange chargé de surveiller les Alpes. Ou des restes du Déluge. On aurait d’ailleurs vu d’autres survivants accoster au Salève à l’insu de Noé et s’amarrer à des anneaux » (Tribune de Genève). Bien que très poétique, il existe un autre mythe issu des frontières avec le réel. Celui de l’impératrice Sissi, qui voguerait indéfiniment sur le lac car son âme y est emprisonnée.
Le 10 septembre 1898, l’impératrice Sissi embarque pour son dernier voyage sur son bateau « le Genève », sur les berges du lac Léman. Assassinée de sang-froid, l’Impératrice d’Autriche ne quittera ni les berges du lac, ni son navire. La légende raconte que son fantôme flotterait toujours sur le Léman, et que par les temps brumeux, lorsque le silence se reflète sur l’eau, on peut apercevoir le mât du vaisseau et sa condamnée sur le pont. Si vous apercevez une ombre couler le long de l’eau, c’est peut-être Sissi qui, toujours vêtue de noir, parcourt le lac Léman à la recherche d’une échappatoire…
Sur l’étape de Salers au Mont-Dore : le lac Pavin

« C’est l’endroit où les démons viennent, par la cheminée de l’enfer, se baigner en escapade ; leurs âmes noires en troublent les ondes ». C’est ainsi que l’auteur Émile Roux-Parassac (poète grenoblois) décrivait le Lac Pavin. Ses eaux claires contrastent avec les légendes sombres qui l’entourent. Celui-ci ayant toujours intrigué les habitants, des mots ont longtemps été chuchotés d’une oreille à l’autre, pour ne pas réveiller les mystères enfermés au fond du lac.
Il fut un temps où la ville de Besse se réjouissait de son emplacement. Une ville semi-enterrée, dans un cratère volcanique et à l’abri de regards. Au cœur de cette nature remarquable, ses habitants aimaient faire la fête, et les échos des mœurs légères qui y circulaient ont commencé à atteindre des oreilles désapprobatrices. La légende dit que ce serait le diable lui-même qui aurait versé ses larmes pour remplir le cratère, et englouti la ville et ses péchés.
La ville submergée attise encore aujourd’hui les curieux et les aventuriers, qui ont tenté d’apercevoir un morceau de mur ou de toit, mais sans grand succès. Néanmoins, le clocher de Besse serait visible lorsqu’un temps très clair chasse la noirceur du lac. Il paraît même que si on jette une pierre, le 31 décembre, à minuit, le clocher retentirait et ses échos ricochant tout autour du cratère. Oserez-vous vous y faire étape ?
Sur l’étape du Puy-en-Velay à Saint-Etienne : la légende de Bilhard
Derrière la beauté de ces gorges de Bilhard, se cache un mythe malicieux. Sur le sentier des gorges, non loin de votre passage à Monistrol-sur-Loire, des démons transformés en statues baliseraient le chemin.
Il était une fois un ermite, dont le péché ne nous est pas connu, qui serait descendu dans les gorges afin de se repentir. Durant une nuit entière, il serait venu prier en s’efforçant de gommer son péché. Selon la légende, sa ferveur a été si forte, qu’elle fût entendue jusque dans d’autres royaumes, dont celui des démons… Ceux-ci seraient alors venus dans les gorges pour essayer de détourner l’ermite de sa tâche, en lui jouant des tours malicieux. Montée des eaux, éboulements, cris d’animaux menaçants : la nuit s’est transformée en théâtre des horreurs pour l’ermite, qui malgré les efforts des démons pour le faire rompre, tenu bon. Satisfait de la foi de l’ermite, Dieu décida de lui pardonner et de lui venir en aide. Un ange fut alors envoyé pour chasser les démons, qu’il transforma en pierre. Le diable à l’origine de cette farce funeste, nommé Bilhard, serait maintenant enfermé dans le grand menhir siégeant à l’entrée des gorges.
Quant aux autres, peut-être trouverez-vous que certains rochers ressemblent à des visages tordus, ou souffrant…
Sur l’étape Grignan à Vallon-Pont-d’Arc : le Pont d’Arc
Lieu emblématique de l’Ardèche, le Pont d’Arc est une curiosité naturelle qui ne cesse d’émerveiller ceux qui la découvrent. Néanmoins, toute chose extraordinaire vient avec son lot de légendes. Selon le folklore ardéchois, l’origine du pont serait sombre, voire même très sombre, car sa création aurait des origines diaboliques.
La légende raconte que le seigneur de Sampzon, prit un jour pour épouse une belle jeune fille de Vallon. Sa beauté ne passant pas inaperçue, le seigneur fut peu à peu dévoré par une jalousie, et ayant peur de perdre sa belle, l’enferma dans une tour située sur la paroi du rocher de l’arc (encore pleine à cette époque). Un jour, un pèlerin au visage difforme, venu chercher refuge auprès du seigneur, fut accueilli sans craintes. Profitant d’un moment d’inattention, le pèlerin partit délivrer l’épouse isolée. Mais alors qu’ils s’enfuyaient en barque, le mari les aperçut. Il implora alors le dieu des maris de lui rendre sa bien-aimée, mais à quel prix ? Un rugissement retentit soudainement, et la montagne se fendit en deux, laissant un immense creux dans la roche et ramenant la barque vers les berges. Les époux réunis, le pèlerin se transforma soudain en diable, et disparut en laissant une forte odeur de soufre.
Le diable a-t-il voulu faire une bonne action, ou s’était-il simplement amusé du malheur du seigneur ? Nul ne le sait, mais si vous sentez une odeur de soufre lors de votre étape, gardez en tête qu’elle vient peut-être du diable lui-même…

Un dernier frisson ?
Sur l’étape de Vichy à Moulins : le château de Veauce
Au détour de Charroux, à seulement 15 minutes en voiture, se dresse le château de Veauce et sa sordide légende. Reconnu comme l’un des châteaux les plus hantés de la région, osez y faire escale pour visiter ses jardins et murailles avant de reprendre la route du Grand Tour.
Depuis le XVIe siècle, le fantôme de la jeune Lucie errerait dans l’enceinte du château. Lucie était une domestique dans le château du baron Guy de Daillon. Sa beauté rayonnante lui a valu d’être très appréciée par ses patrons, et particulièrement par le baron lui-même qui, en s’éprenant d’elle, l’a condamnée à un sort terrible. Lorsqu’elle apprit que son mari était tombé sous le charme de la jeune servante, la baronne Jacqueline de La Fayette fut prise d’une jalousie enivrante et se vengea en enfermant Lucie dans la prison d’une des tours du domaine. Elle fut abandonnée, et par manque de nourriture, restera à jamais entre ses murs.
La renommée du château éclate en 1984, lorsqu’une équipe de France Inter diffuse leur reportage sur le château. La vidéo fait ressortir des bruits étranges, et l’équipe affirme avoir vu et entendu des ombres et des murmures. La preuve vidéo est-elle suffisante pour confirmer une présence surnaturelle ? Certains s’en éloigneront, d’autres n’en deviendront que plus curieux…
Si cet article vous a donné envie de vous faire (un peu) peur cet automne, et de visiter les lieux hantés de la région Auvergne-Rhône-Alpes, alors notre mission est réussie. Et encore plus si un frisson vous a parcouru lors de votre étape du Grand Tour.
Pour pousser l’expérience du Grand Tour en automne plus loin, voici les évènements d’Halloween à ne pas manquer ! Ils sont sur votre route, prêts à vous faire frissonner.